janvier 27

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Crowdfunding: à « fonds » la forme!

Crowdfunding : une forme de financement alternative

Si le crowdfunding, ou en bon français, financement participatif a pris un tel essor en quelques années, c’est bien parce qu’il est, en partie, une réponse à la détérioration du contexte économique, à la frilosité de nos (chères) banques. Et dans un contexte de fort chômage, l’Etat veut encourager du mieux possible la création d’entreprise, sans pour autant y mettre des deniers publics. Le financement participatif répond aussi à une tendance de plus en plus prégnante au sein de la population: l’envie de partage, de solidarité. La volonté de sortir des réseaux traditionnels de consommation et de financement, trop orientés « profit ».

Le crowdfunding n’aurait probablement pas eu le même développement sans l’essor de l’économie numérique et des réseaux sociaux. Car pour la plupart de ces entrepreneurs (en herbe, ou pas) qui ont besoin de financement, pas moyen de se faire de la pub, et donc de faire connaître largement leur projet. Les réseaux sociaux leur offrent donc une caisse de résonance incomparable, pour un budget quasi inexistant.

Aux Etats-Unis, pays pionnier en la matière, le géant du secteur, Kickstarter, a connu une année record : pas moins de 480 millions de dollars levés pour presque 20 000  projets soutenus par 3 millions de personnes originaires de 214 pays en 2013. De quoi faire rêver les plateformes françaises.

Et elles sont nombreuses. En France, le financement participatif a permis de lever 25 millions d’euros en 2012, 65 millions en 2013. Une augmentation impressionnante. Ulule, Octopousse, KissKissBankBank, Blue Bees, Babyloan, Prêt d’Union. Autant de sites où les porteurs de projets rencontrent des passionnés ou des investisseurs cherchant la perle rare qui les rendra riches (ou presque).

Actuellement, trois types de plateformes existent: le don contre don (c’est le cas de l’américain Kickstarter, qui “récompense” ses investisseurs en nature (pour de la musique, cela peut-être un CD, une place de concert etc., défini en fonction du montant du don), le don sans contrepartie, le prêt et l’investissement en capital.

Vers un nouveau statut du financement participatif

Devant l’engouement et les enjeux économiques, le gouvernement a élaboré un nouveau cadre législatif spécifique à ces plateformes. En effet, celles-ci doivent actuellement se conformer aux règles bancaires, très strictes. Trop. Au programme, création d’un statut spécifique et une exception au monopole bancaire.

Ce nouveau statut de « Conseiller en investissement participatif » (CIP) Actuellement, les plateformes de prêts sont soumises au cadre très contraignant des prestataires de services d’investissements, qui impose notamment un niveau de fonds propres très élevé (2,2 millions d’euros !) Avec une telle contrainte, les plateformes doivent s’allier à une banque. Ce statut de CIP sera suffisamment souple, affirme Fleur Pelerin, ministre déléguée à l’économie numérique, « pour s’adapter aux différentes activités et aux différents acteurs ».

Autre mesure phare, l’assouplissement du monopole bancaire : actuellement, seules les banques peuvent prêter à titre onéreux. Avec le nouveau texte, « Les opérations doivent être réalisées dans le cadre d’un financement regroupant un nombre minimal de participants (une vingtaine). Un décret précisera le montant du plafond de prêt consenti par chaque particulier pour un projet donné (de l’ordre de 250 €) ainsi que le plafond global du crédit octroyé (300K€) »

Le texte présenté par la ministre en septembre et objet d’une concertation ayant rencontré une forte participation. Et devrait être présenté pour une dernière consultation au premier trimestre 2014. Certains critiquent déjà plusieurs points, tels que le plafond de 250€, jugé beaucoup trop bas. En attendant, la Banque Publique d’Investissement (BPI) a déjà lancé le site Tousnosprojets.fr référençant les différentes plateformes et les projets de financement.

Crowdfunding : eldorado ou miroir aux alouettes ?

Le financement participatif c’est l’occasion pour toutes sortes de projets de voir le jour. Du jardin communautaire aux chaises roulantes pour les joueurs de l’équipe de basket locale avec financés grâce à la plateforme britannique Yimby, en passant par des films ou le barbecue solaire de Sunited Group (financé sur la plateforme française Anaxago), il y en a pour tous les goûts. La province du Connaught (Irlande) a elle aussi sauté le pas puisqu’elle souhaite lever des fonds pour financer un programme de formation de ses jeunes rugbymen.

Les success stories sont souvent éclatantes, et alléchantes. Parmi les plus imposantes, la levée de fonds sur la plateforme Ulule de 680 000 euros pour la websérie Noob (on vous en parlait ici), ou encore 500 000€ sur Smartangels pour les soins dermatologiques bio pour enfants Toofruit. Toujours sur Smartangels, la marque de vêtement pour enfants (il faut croire que les bambins, y’a pas que sur YouTube que ça marche) Bleu comme Gris a levé 750 000 € en deux tours de financement. Prêt d’Union, leader du crédit entre particuliers, et seule plateforme à avoir reçu le fameux agrément d’établissement de crédit a levé en 2013…43 millions d’euros. Presque quatre fois plus qu’en 2012.

Les montants donnent le tournis, mais est-il pour autant judicieux de mettre tout le contenu de son bas de laine dans le crowdfunding ? Une fois l’objectif de collecte atteint, le travail de la plateforme s’arrête, et si l’entrepreneur ne parvient pas à mener à bien son projet, la plateforme n’est en aucun cas redevable aux soutiens. Seul le porteur de projet est responsable. C’est en tout cas la politique de Kickstarter et d’Ulule notamment, qui préviennent les investisseurs: ils doivent accepter le risque de retard voire de voir un projet tout simplement annulé.  Et selon une étude d’Ethan Mollick de l’Université de Pennsylvanie aux Etats-Unis, 75% des projets financés sont victimes de retards ou abandonnés. C’est le cas par exemple du jeu vidéo Haunts, qui devait sortir pour Halloween 2013… et qui semble au point mort.

Alors, comme en tout, il faut savoir faire la part des choses… mais le crowdfunding, c’est sûr, est une alternative très prometteuse pour tous ceux qui ont des (bonnes) idées et pas de budget.

Et pour ceux que le sujet intéresse, et qui résident dans notre belle région, ne ratez pas le déjeuner-débat organisé par le Club Entreprises de la Table Ovale autour du thème du crowdfunding le 30 janvier.